[Seconde chance] C’est comme cela que cette histoire a commencé

_ A quoi tu penses ?

J’étais certain qu’elle allait me poser la question, là, maintenant, dans cinq secondes ou cinq minutes.

Je sentais son regard inquiet parcourir de ses doutes tout mon côté gauche, de mon œil à ma tempe, de ma joue à mon nez.

J’ai tiré une longue bouffée sur ma cigarette, comme au ralenti, comme pour jouir d’un dernier morceau de temps avant qu’elle n’ouvre la bouche sur ces quatre mots fatidiques. « A quoi tu penses ? »

Combien de fois me l’avait-elle demandé avant ce jour-là ? Je ne sais même plus, mais cette fois-ci, c’était différent. Il y avait une bonne raison. Une raison qui allait tout changer. Sa vie, la mienne, la nôtre. Une raison qui allait bouleverser nos destins et délier le fil de nos existences pour toujours.

J’ai tourné la tête vers la fenêtre, grise échappatoire sur un ciel fuligineux de novembre qui annonçait déjà des jours mornes et malheureux.

Je ne voyais pas son visage, mais je devinais ses yeux délavés posés sur ma peau. Je me sentais coupable de ne rien dire. Le silence n’est-il pas déjà un aveu ?

Son corps chaud bougeait contre le mien. Il semblait si petit, si fragile soudain. Elle montait sa jambe sur mon genou, elle essayait de se glisser entre mes cuisses tandis que ses doigts caressaient mon ventre. Je savais ce qu’elle voulait, ce qu’elle attendait de moi, mais je restais immobile et muet.

A la radio passait une chanson des Black Eyed Peas, un tube entêtant qui donnait envie de danser et chanter ; on ne pouvait pas trouver pire B.O. à ce qui allait suivre.

J’entendais ses lèvres s’ouvrir dans un bruit mouillé, elle hésitait, elle ne voulait pas être celle qui allait tout déclencher. J’ai fermé les paupières et soupiré au moment précis où elle a expiré :

_ A quoi tu penses ?

Elle me dévisageait, essayant de me faire réagir avec ses grands yeux remplis de peine. Je restais silencieux, je cherchais mes mots, je n’étais pas prêt à affronter cette situation. On n’est jamais prêts pour ce genre de choses.

_ A rien, ai-je fini par lâcher.

_ On pense toujours à quelque chose.

Dans ma tête, je répétais les paroles débiles de la chanson. « I gotta feeling that tonight is gonna be a good night ».

_ Tu penses à moi?

_ Non tu es là, je n’ai pas besoin de penser à toi.

_ Moi je pense à toi. Je pense toujours à toi, a-t-elle dit en m’embrassant l’épaule.

Avec son index, elle suivait machinalement les contours de l’aigle que j’ai tatoué sur le bras. Un dessin un peu raté, fatigué, qui n’a pas grand-chose de royal mais que j’aime avec une tendresse particulière, car c’est mon premier tatouage, fait lors d’un voyage en Thaïlande, une nuit pleine de lune et d’alcools.

Constance attendait que je réponde, que je lui témoigne une marque d’affection ou d’amour en retour, mais je n’avais plus rien à lui donner. J’étais sec, mon cœur était un désert.

_ Dis-moi que tu m’aimes.

Je me suis mordu l’intérieur des joues, une douleur vive au goût de sang, comme celle qui me serrait le cœur. Comment lui dire ? Je ne voulais pas la faire souffrir. Je ne voulais pas la voir pleurer, je l’avais trop aimée pour ça. Je l’aimais encore trop pour me foutre de sa peine.

_ Je t’aime, a-t-elle murmuré d’une voix incertaine.

_ Arrête.

_ Dis-moi que tu m’aimes.

Elle s’est redressée sur un coude pour attraper mon regard. Le sien hésitait encore entre l’espoir et la détresse. Ses doigts remontaient le long de mon cou jusqu’à mes cheveux et s’enfonçaient dans ces boucles qu’elle voulait plus longues.

« Tonight’s gonna be a good night ».

_ Tom, s’il te plait.

_ Tu sais bien.

_ Non je ne sais pas si tu ne me le dis jamais.

Elle était pâle, des cernes gris assombrissaient ses yeux qui s’étaient peu à peu éteints à mesure que je m’éloignais d’elle.

_ Tom !

_ Je…

_ Quoi ?

« Tonight’s gonna be a good night ».

_ Je… Je sais pas… Je… Je me pose des questions.

Son visage s’est décomposé, sa voix brisée. Elle était livide.

_ Comment ça des questions ?

Elle s’était complètement redressée. Elle tenait le drap d’une main pour couvrir ses seins nus, comme pour protéger son cœur de la douleur qui venait. Je me sentais misérable de faire ça juste après l’amour, alors que nos corps étaient encore chauds de nos caresses.

_ Je suis désolé…

_ Désolé de quoi ?!

Elle criait maintenant, la force qui s’était emparée d’elle m’avait fait reculer comme le lâche que j’étais.

« Tonight’s gonna be a good night ».

_ Je ne me sens pas prêt.

Elle m’a regardé désemparée, le visage noyé de larmes. Son corps n’était plus qu’un douloureux sanglot qu’aucune parole ne pourrait jamais soigner.

_ Et notre mariage ?! Et nos familles ?!

Ses mots trébuchaient sur ses lèvres. J’ai baissé la tête, je ne savais pas quoi dire. Il n’y avait rien à dire. Je voulais juste être ailleurs, loin, très loin de ce malheur dont j’étais la cause.

_ Mais pourquoi !!!???

C’est comme cela que j’ai quitté Constance. Et que toute cette histoire a commencé.

[Texte déposé à la SGDL]

Lire la suite : Je n’ai plus de nouvelles

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